Mon chien court après les voitures : pourquoi et que faire ?
Votre chien court après les voitures, les vélos, les joggeurs et d’autres objets en mouvement ?
C’est un sujet de consultation fréquent d’un comportementaliste canin et une situation souvent inquiétante pour les propriétaires : leur chien peut mettre sa vie en danger ainsi que celle d’autres personnes.
Démunis face à un comportement qu'ils ne comprennent pas, ils ont souvent du mal à le gérer au quotidien. L’explication se trouve pourtant dans les comportements et les besoins naturels du chien.
Comprendre ce qui se passe est la première étape pour éviter que ce comportement n’apparaisse ou pour apprendre à le gérer s’il est déjà en place.

Pourquoi mon chien court après les voitures ?
Le chien est un prédateur
La vision du chien dans notre société est assez déconnectée de la réalité. La plupart des gens ont oublié ce qu’est véritablement un chien.
C’est un prédateur, cela ne signifie pas que c’est un animal dangereux mais simplement qu’il possède le patron-moteur de prédation dans son comportement naturel. Chasser est un comportement instinctif du chien qui lui permet simplement de se nourrir et d’assurer ainsi sa survie.
Dans le cadre de la domestication, le chien n'a plus besoin de chasser puisque nous le nourrissons, mais ce comportement reste présent au niveau génétique.

Le patron-moteur est une séquence comportementale innée, il est génétique. Cette séquence est initialement constituée des phases suivantes :
Repérer sa proie
La traquer
Se lancer à sa poursuite
La saisir par morsure
La mettre à mort par morsure
La disséquer
La manger
Elle est déclenchée par le mouvement rapide d’une proie. C’est ce mouvement qui constitue le stimulus déclencheur de la séquence de prédation. Ainsi, le déplacement rapide d’un vélo, d’une voiture ou d’un autre objet peut déclencher cette séquence comportementale chez le chien mais ce n’est pas systématique. Une fois le patron-moteur lancé, il est très difficile de l’arrêter puisque chaque étape entraîne la suivante.
L’impact des sélections génétiques sur le comportement de prédation
Même lorsqu’un chien déclenche une séquence de prédation à la vue d’une voiture, cela ne signifie pas qu’il réagira de la même manière à tous les objets en mouvement.
Au fil des générations, l’homme a sélectionné les chiens pour certaines caractéristiques morphologiques et comportementales comme la chasse, la garde, la conduite de troupeau etc., contribuant ainsi à la création et à la différenciation des races.
Ce sont justement certains de ces comportements, que nous avons nous-mêmes sélectionnés, qui posent problème dans la vie de famille.
Avec ces sélections génétiques répétées, certaines parties de la séquence de prédation ont disparu ou sont sous-jacentes et d’autres ont été accentuées. On observe donc des différences entre les races et entre les individus au sein d’une même race. La séquence prédatrice ne s’exprimera donc pas avec la même intensité chez tous les individus.
Ces différences génétiques permettent donc d’expliquer notamment pourquoi certains chiens sont particulièrement sensibles aux mouvements rapides et vont plus facilement déclencher une séquence de prédation face à une voiture, un vélo ou un joggeur.
Cependant, la génétique n’explique pas tout. D’autres facteurs propres à chaque individu vont également influencer sa réaction.
Le chien défend son territoire

Le comportement de poursuite peut relever d’un autre mécanisme que celui de la prédation : la défense du territoire.
Lorsqu’un individu s’approche trop près ou franchit la limite de la zone que le chien a défini comme son territoire, il peut se lancer à sa poursuite. L’objectif est ici d’éloigner ce qu’il perçoit comme une menace.
Plusieurs éléments permettent de distinguer la poursuite de prédation de celle de défense du territoire. Par exemple :
Sa posture : lorsqu’il chasse, le chien adopte une posture basse lors de la phase de déclenchement, avant que la poursuite ne soit lancée. En cas de défense du territoire, il fera en sorte de se faire le plus grand possible : le corps est tendu, les oreilles dressées vers l’avant, la tête haute, la queue relevée.
La distance de poursuite : en cas de prédation, le chien continue sa course tant que la proie est en mouvement devant lui. Au contraire, en cas de défense du territoire, il s’arrêtera à la limite qu’il défend
Le chien poursuit par peur

Un chien ayant vécu une expérience négative avec une voiture, un vélo ou un cycliste telle qu’un accident, un contact brutal, peut développer une peur durable à leur égard et percevoir alors ces éléments comme une menace.
Le chien dispose de trois solutions lorsqu’il se retrouve face à un élément qu’il perçoit comme un danger : fuir, se figer ou agresser. Dans la majorité des cas, il choisit la fuite par souci d’économie d’énergie. Mais, si celle-ci n’est pas possible, il peut choisir une stratégie offensive pour éloigner la menace et déclencher la poursuite.
L’influence du vécu et du contexte sur ce comportement
→ Le seuil de déclenchement
Le seuil de déclenchement est une autre différence à prendre en compte entre les chiens. Face à un même stimulus, certains chiens vont rester indifférents alors que d’autres vont réagir très rapidement. Ce seuil correspond au niveau de stimulation au-delà duquel le chien n'est plus en mesure de gérer la situation de la même manière et peut alors déclencher une réponse comportementale.
Dans le cas d'un chien qui court après les voitures, la distance à laquelle le véhicule passe, sa vitesse, le bruit qu'il produit ou encore la répétition des passages peuvent influencer sa réaction. Ainsi, un chien peut observer une voiture qui passe à distance sans réagir, mais se mettre à la poursuivre lorsqu’elle passe plus près ou plus rapidement. Ce seuil n’est pas identique chez tous les chiens et peut également varier chez un même individu selon le contexte, son niveau d’excitation ou son état du moment. Si votre chien est déjà stressé ou excité pour une autre raison, au moment où il croise une voiture, il aura tendance à réagir plus rapidement.
Un chien ayant déjà vécu une mauvaise expérience avec une voiture, un vélo ou un cycliste peut également conserver, de façon durable, un seuil de déclenchement plus bas face à ce type de stimulus.
→ La sociabilisation du chiot

Dès le plus jeune âge, votre chiot doit découvrir le monde qui l'entoure. Il doit être placé dans une grande variété de situations qu'il sera amené à rencontrer tout au long de sa vie : des bruits divers, une grande diversité de stimulations visuelles, la rencontre avec ses congénères et d'autres espèces, ou encore les voitures, les vélos et les joggeurs qu'il croisera au quotidien.
Il doit notamment être mis en contact avec des congénères de race et de taille différentes. L'espèce canine comprend une très grande diversité morphologique : il existe des chiens qui pèsent seulement 3 kg, quand d'autres peuvent atteindre 80 kg ou plus.
Un chien peu habitué à cette diversité quand il était petit, peut, selon les cas, considérer un petit chien comme une proie : sa petite taille et son déplacement rapide pouvant constituer un stimulus déclencheur de la séquence de prédation. Il pourra aussi développer de l'appréhension face à des congénères très différents de lui.
De la même façon, plus le chiot sera mis en contact avec des espèces différentes de la sienne, moins il y aura de risque qu'il les considère comme des proies. Certains chiens peuvent tout de même conserver leur motivation à les poursuivre, même après les avoir côtoyées depuis leur plus jeune âge.
Familiariser progressivement le chiot avec les stimulations qu'il rencontrera au quotidien, comme les voitures, les vélos ou les joggeurs, lui permet d'apprendre à les intégrer dans son environnement. Il restera soumis à ses instincts de prédation, mais il pourra apprendre à mieux les contrôler face à ce type de stimuli.
Cette familiarisation peut contribuer à augmenter son seuil de déclenchement face à ces stimuli : il pourra alors les observer ou les laisser passer sans déclencher systématiquement une séquence de poursuite. Elle contribue aussi à limiter le risque de développer des peurs inadaptées vis-à-vis des voitures, vélos et joggeurs.
→ La frustration
Le chien a besoin de dépenses physiques mais aussi mentales. Il est indispensable de lui fournir ces stimulations.
Un manque d’activités créé de l’ennui et un trop plein d’énergie et, à terme, de la frustration. La poursuite peut alors devenir une activité pour votre chien et un exutoire lui permettant de décharger cette énergie.
Par ailleurs, certaines races ont été sélectionnées pour leur aptitudes naturelles à la chasse, la garde ou la conduite de troupeaux. Ces comportements sont instinctifs et le chien a besoin de les exprimer. S’il n’en a pas la possibilité, il est frustré et va notamment le faire sur des supports inadaptés comme les voitures, les vélos, les joggeurs.
→ Un comportement qui s’autorenforce
Le comportement de poursuite est un comportement qui s'auto-encourage, mais pas pour les mêmes raisons selon le mécanisme en jeu.
Lorsque votre chien poursuit une voiture, un vélo ou un joggeur pour défendre son territoire ou par peur, celui-ci s'éloigne et poursuit sa route : le chien obtient donc ce qu'il veut, c’est une forme de récompense qui encourage le comportement.
Dans la prédation, votre chien n'attrape pourtant pas ce qu'il poursuit. Cependant, la poursuite lui a procuré une stimulation intense et c’est cela qui encourage le chien à reproduire ce comportement.
Dans les deux mécanismes, plus la séquence se répète, plus elle s'ancre durablement dans le comportement de votre chien.
Que faire si mon chien court après les voitures ?
Un comportement est une adaptation à l'environnement : derrière chaque comportement se cache une logique qu'il faut comprendre. Sans identifier son origine précise, il est impossible de mettre en place des solutions réellement adaptées à votre chien et donc de résoudre le problème.
Quelques pistes d’actions sont détaillées ci-dessous mais retenez bien qu’il n’existe pas de solutions toutes faites et qu’elles doivent être adaptées à votre chien, à vous et à votre quotidien.

Sécuriser votre chien et les usagers de la route
La sécurité doit être votre priorité, pour votre chien comme pour les autres usagers de la route : ce comportement peut mettre sa vie en danger et provoquer des accidents. En attendant de résoudre le problème, gardez votre chien en laisse ou en longe, pour une semi-liberté sécurisée.
Sociabilisation et éducation
Si votre chien est encore un chiot, le socialiser dès son plus jeune âge reste la meilleure prévention contre l'apparition de ce comportement.
Pour un chien de tout âge, l'éducation reste un outil précieux pour vivre en sécurité dans notre monde d'humains. Un rappel fiable, travaillé en amont dans des contextes calmes puis progressivement plus stimulants, permet de faire revenir votre chien vers vous avant que la poursuite ne se déclenche.
Répondre aux besoins physiques, intellectuels et instinctifs de votre chien
Comblez les besoins naturels d'activité physique et intellectuelle de votre chien : promenades quotidiennes dans des lieux variés, apprentissage de nouvelles choses comme les positions de base (assis, couché...), jeux, mastication etc.
Comme évoqué plus haut, certaines races ont un besoin instinctif de chasser, garder ou conduire un troupeau. Offrez-lui des activités adaptées pour laisser s'exprimer ces instincts :
Des jeux avec un objet en mouvement pour canaliser l'instinct de poursuite ou de conduite de troupeau
Des jeux de piste pour solliciter son flair et reproduire les comportements de chasse
Travailler sur le seuil de déclenchement
Vous pouvez apprendre à votre chien à rester calme face à une voiture, un vélo ou un joggeur, en travaillant progressivement sur son seuil de déclenchement.
Repérez la distance à laquelle votre chien réagit, puis placez-vous juste au-dessus, à une distance où il perçoit le stimulus sans déclencher la poursuite. S'il garde un bon comportement, récompensez-le pour encourager ce comportement et pour l'aider à associer sa présence à une expérience positive. Réduisez ensuite cette distance très progressivement, séance après séance.
Ce travail demande de la patience et une bonne observation de votre chien, pour repérer les premiers signes annonçant qu'il approche de son seuil avant qu'il ne soit dépassé. Un accompagnement par un professionnel est particulièrement utile pour adapter la progression à son rythme.
Proposer un comportement alternatif

Vous pouvez aussi apprendre à votre chien un comportement alternatif à la poursuite, à déclencher dès qu'il perçoit le stimulus. Avant que la poursuite ne se lance, captez son attention, avec une balle par exemple, demandez-lui de s'asseoir, puis récompensez-le pour renforcer ce nouveau comportement.
Lui apprendre à gérer ses émotions au quotidien
Pour cela, vous pouvez faire des exercices d’auto-contrôle avec votre chien. Par exemple, posez une friandise ou un jouet devant lui et demandez-lui très progressivement d’attendre de plus en plus longtemps avant de lui donner l’autorisation de la/le prendre. Vous pouvez faire ce type d’exercices avec la gamelle, au passage des portes, portails, lors de la montée et descente de voiture etc.
Ne jamais punir ce comportement
La punition n'est pas une solution adaptée à ce comportement. Elle ne résoudra pas le problème et peut même l’aggraver.
Comme on l'a vu, plusieurs mécanismes peuvent expliquer ce comportement. Punir votre chien ne l'aide pas à comprendre ce qu'il doit faire à la place. Cela peut au contraire renforcer une peur sous-jacente ou l’association du stimulus à une expérience négative mais aussi nuire à la relation de confiance entre vous.
Faire appel à un professionnel
Faire appel à un professionnel reste la meilleure solution pour résoudre ce problème. Le comportementaliste canin réalise un bilan comportemental qui permet d'identifier précisément l'origine du comportement de votre chien, et d'adapter l'accompagnement en conséquence.
Conclusion
Le comportement de poursuite des voitures par votre chien peut avoir plusieurs origines : la prédation, la défense du territoire, la peur. Les expériences de votre chien ainsi que son environnement de vie ont aussi un impact sur ce comportement.
Se renseigner sur les aptitudes de la race de chien que l’on adopte est indispensable pour anticiper l’apparition de ce type de comportement. Par exemple, adopter un chien dont la race est génétiquement sélectionnée pour la garde de troupeau, c’est accepter qu’il y ait plus de risque qu’il développe cette réactivité si on ne répond pas à ses besoins naturels. La prévention passe également par la sociabilisation et l’éducation du chiot.
Pour résoudre le problème, il est indispensable d’identifier ce qui se cache derrière le comportement de poursuite de votre chien. Ce travail qui sera mis en place demande du temps, de la patience et de la régularité. Un comportementaliste canin peut vous aider à identifier précisément l'origine du comportement et à mettre en place les solutions les plus adaptées à votre chien, vous et votre quotidien.




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